Philippe Hello Philippe Hello, DRH du ministère français des Armées
Texte
Liliane Fanello

Recrutements en 2020: l’armée française s’en sort avec les honneurs

1 décembre 2020
La promotion interne, ce sont des chiffres: 42% des sous-officiers viennent des militaires du rang, 39% des officierssont d’anciens sous-officiers…
Il est assez rare que le DRH du ministère français des Armées s’exprime à l’extérieur. Mais le contexte particulier a poussé le vice-amiral d’escadre Philippe Hello à parler des enjeux RH lors d’une conférence de presse, fin septembre. Depuis quelques années, l’Armée française est confrontée à la nécessité d’augmenter ses effectifs de manière rapide et significative. Malgré le contexte difficile, les objectifs seront atteints en 2020.

 Il est assez rare que le DRH du ministère français des Armées s’exprime à l’extérieur. Mais le contexte particulier a poussé le vice-amiral d’escadre Philippe Hello à parler des enjeux RH lors d’une conférence de presse, fin septembre. Depuis quelques années, l’Armée française est confrontée à la nécessité d’augmenter ses effectifs de manière rapide et significative. Malgré le contexte difficile, les objectifs seront atteints en 2020.

Comme dans tous les secteurs, le ministère français des Armées s’efforce de vivre cette période contraignante en tentant d’en faire une opportunité. Lors de sa conférence de presse fin septembre, le vice-amiral d’escadre Philippe Hello, DRH du ministère des Armées a indiqué que la pandémie «a impacté tous les secteurs du jeu du DRH». Mais l’armée française est parvenue à limiter la casse de manière plus qu’honorable…

Outre la formation, les rémunérations, la santé et sécurité au travail, un des défis RH les plus compliqués de cette année est, selon le DRH, celui des recrutements et de la gestion des flux. «Les flux sont obsessionnels dans notre ministère. On a des flux très importants de personnel en entrées et en sorties, de l’ordre de 26.000 à 27.000 tous les ans. Et il est indispensable de bien les réguler pour pouvoir trouver les compétences dont on a besoin, et assurer aussi une bonne gestion de notre masse salariale», a-t-il expliqué.

5.000 civils à recruter en 2021

Lors de sa conférence, le vice-amiral d’escadre a surtout mis l'accent sur le personnel civil, dont on entend moins souvent parler. L’armée française compte quelque 62.000 civils pour 207.000 militaires. «Notre ministère vise à assurer une forme de complémentarité et de solidarité entre ces populations très différentes par leur histoire, mais aussi par leur identité et leurs missions.» En 2021, l’armée sera le premier recruteur de France, avec probablement plus de 26.700 entrées dans ce contexte de crise. Parmi ceux-là, elle va recruter 5.000 civils. Et ce chiffre va encore augmenter dans les années à venir.

L’armée française doit en effet assurer la relève générationnelle (la moyenne d’âge actuelle des civils est de 47 ans, contre 30 ans pour le personnel militaire), mais aussi répondre à des besoins de compétences qu’elle ne retrouve pas en interne, et qu’elle n’a pas le temps de générer chez les militaires.

Comme l’a expliqué le DRH, l’armée française consent de nombreux efforts pour recruter et fidéliser les civils: création d’une marque d'employeur Civils de la Défense pour valoriser la présence de ceux-ci au sein du ministère, valorisation et dynamisation des processus de recrutement, création de parcours professionnels «où les responsabilités sont plus équilibrées entre les militaires et les civils», plan d’égalité hommes-femmes actualisé… Parmi les expériences citées: «Nous avons émis l’idée, et obtenu l’accord de le faire à titre expérimental, de recruter du personnel sans concours dans des métiers techniques en tension dans des bassins d’emploi en difficulté, ce qui contribue là aussi à dynamiser les recrutements.»

Objectifs (presque) atteints

L’effort de recrutement ne s’est donc pas tari pendant la pandémie. D’après les échos glanés dans les Centres d’information et de recrutement des forces armées (CIRFA), l’affluence de cette rentrée 2020 est même plus forte que d’habitude. En effet, l’armée conserve son employabilité, et récupère des jeunes qui se destinaient originellement à d’autres secteurs. «Nous avons eu une période de dépression où nous avons perdu l’équivalent de trois régiments de recrutement, soit près de 3.000 hommes pendant le pic de la crise. Mais très vite, parce que nous avons réussi à garder le contact avec les personnels recrutés, nous avons pu nous réorganiser», a indiqué Philippe Hello. Décalage des concours, simplification de certaines épreuves de manière à pouvoir raccourcir le délai de traitement des concours… Au final, le DRH du ministère des Armées est confiant quant à la dynamique des recrutements pour 2020, «qui devraient être presque aussi satisfaisants qu’en 2019, où nous avions fait le plein de nos effectifs pour la première fois depuis longtemps.»

La formation, vecteur d’ascension sociale

Autre domaine évoqué par le DRH: la formation, pour laquelle le ministère se veut «un laboratoire des politiques publiques». «Ce n’est pas un secret, le ministère des Armées est très fier de ses structures de formation, qui sont quelque part des références en matière d’intégration sociale et de promotion interne. La promotion interne, ce ne sont pas que des mots, ce sont des chiffres: 42% des sous-officiers viennent des militaires du rang, 39% des officiers sont d’anciens sous-officiers…»

Pour le DRH, cet escalier social repose avant tout sur la formation. Près de 100.000 actions sont à la disposition des militaires et des civils. «Seulement 2% des formations militaires seront à rattraper en fin d’année. Pour les civils, ce chiffre s’élève à 9%.» Ce résultat est le fruit d’une révision des méthodes, avec notamment un large recours à l’enseignement à distance, une modularisation des temps de formation, une reprogrammation d’un certain nombre d’entre elles…

25% d’apprentis en plus en 2020

Le vice-amiral d’escadre a aussi abordé le levier de l’apprentissage. «Lorsque la crise s’est déclenchée, la ministre des Armées m’a demandé de dynamiser nos objectifs d’apprentissage, qui étaient déjà très importants, et de les porter à +25% pour l’année 2020, soit 2.000 apprentis à qui nous allons offrir des stages d’apprentissage cette année.» L’apprentissage est un investissement de l’ordre de 26 millions d'euros sur le budget de la défense. «Mais c’est un investissement à long terme auquel nous sommes très attachés, et qui traduit bien les valeurs du ministère et la volonté de susciter de l’engagement chez les jeunes, qu’ils restent chez nous ou pas.» Aujourd’hui, 10% des apprentis sont embauchés par l’armée française à la fin de leur stage.

Enfin, Philippe Hello a évoqué un autre pilier de la politique RH: le volet social. Parmi les dispositifs internes mobilisés par le ministère des Armées, il y a par exemple le soutien aux familles de militaires, au travers du Plan Famille. Mis en place en 2017 par la ministre des Armées, celui-ci comprend une série d’actions destinées à l’accompagnement des familles et à l’amélioration des conditions de vie des militaires. «Dans le cadre du Plan Famille, la ministre des Armées dit bien qu’il n’y a pas de soldats forts sans, derrière eux, des familles heureuses.» Outre les services tels que la garde d’enfants, l’accompagnement des familles frappées de deuil, d’accidents ou de maladies, ou encore l’amélioration des conditions de mutation et d’hébergement, le spectre du soutien aux familles s’est beaucoup élargi.

60% des conjoints reclassés

De nouvelles préoccupations sont ainsi apparues, comme l’aide aux conjoints pour retrouver du travail lors des mobilités militaires. «C’est probablement notre sujet de préoccupation majeur, car toutes les unités militaires ne sont pas forcément de grands centres urbanisés où l’on trouve facilement de l’emploi», a souligné le DRH. «Nous faisons donc de l’accompagnement de formation, de recherche d’emploi, de participation à des prestations d’accompagnement de reconversion de cadres…» L’accompagnement de la mobilité des conjoints se traduit aujourd’hui par un reclassement dans l’année d’environ 60% de ceux et celles qui recherchent un emploi, soit 1.500 conjoints reclassés l’année dernière pour l’ensemble des armées!

L'armée belge réagit aussi

L'armée belge aussi affronte des chocs dans la gestion de ses effectifs. En témoigne Arnaud Le Grelle, directeur régional de Federgon et officier de réserve très actif. Il a fait part de quelques réflexions à ce sujet lors de notre table ronde sur les services publics (lire page 20). «Dans quelques années, notre armée perdra la moitié de ses effectifs, notamment dans le middle management, à cause des départs à la retraite», a-t-il assuré. Plusieurs projets ont été lancés pour tenter de résoudre le problème. «Il faut savoir qu'à l'armée, les métiers sont extrêmement variés. Pour un combattant, on compte une douzaine de non-combattants chargés de la technique, de la logistique, etc. Du coup, certaines de ces fonctions sont confiées à des civils. La Défense n'a pas de tabou, la modernisation suit un rythme accéléré même si les contraintes sont fortes.»

ID

Philippe Hello

Fonction: DRH du ministère français des Armées