Philipp Kristian Philipp Kristian, Stratège en innovation, auteur de The Trust Economy et RESET
Texte
Melanie De Vrieze
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Philipp Kristian Diekhöner

La confiance est au cœur de l'innovation

1 octobre 2021
La simplicité est une tendance clé. Personne n’aime la complexité
L'innovation et la confiance sont centrales dans RESET, le nouveau livre de Philipp Kristian. «Ce concept peut sembler dépassé, mais la confiance change notre manière de coopérer, d'innover et de créer», affirme-t-il. «La confiance est indispensable dans notre monde complexe, que la technologie transforme à toute allure.»

 L'innovation et la confiance sont centrales dans RESET, le nouveau livre de Philipp Kristian. «Ce concept peut sembler dépassé, mais la confiance change notre manière de coopérer, d'innover et de créer», affirme-t-il. «La confiance est indispensable dans notre monde complexe, que la technologie transforme à toute allure.»

Philipp Kristian vit et travaille à Singapour. Ces dernières années, il a accompagné de nombreuses entreprises dans leurs programmes d'innovation. Son fil rouge? La confiance. Ce thème était déjà largement commenté dans son ouvrage précédent, The trust Economy. Il est au centre de son dernier livre, RESET.

Vous écrivez qu'avec l'évolution rapide des technologies, la confiance est cruciale. Pourquoi?

Philipp Kristian: «Dans mon livre, je décris la confiance comme le moteur de l'innovation. Les gens se font confiance plus rapidement et plus facilement, grâce aux interfaces utilisateurs numériques. Elles ont d'ailleurs conduit à de nouveaux modèles commerciaux intéressants. Le concept de confiance peut sembler dépassé, mais il est au cœur de toute innovation. À l'ère du numérique, l'économie de la confiance prend progressivement le pas sur l'économie de la méfiance. Portée par la génération X et les baby-boomers, l'économie de la méfiance repose sur des règles, des institutions et des bureaucraties. Le monde numérique change notre façon de faire confiance. Nous devenons confiants par défaut.»

Pouvez-vous donner un exemple?

Philipp Kristian: «Toute ma vie professionnelle, j'ai parlé de la disruption dans l'industrie et de la façon de la provoquer. La disruption signifie que les entreprises et les technologies émergentes perturbent certains marchés en proposant une meilleure alternative. En soi, c'est toujours une question de méfiance. Regardez les entreprises de télécommunications, par exemple. Elles proposent toujours des contrats à long terme. C'est en fait une façon de dire qu'elles ne font pas confiance aux consommateurs. Chez l'un des clients pour lesquels je travaillais, nous avons changé notre fusil d'épaule. Nous avons expliqué aux clients qu'ils pouvaient annuler leur contrat à tout moment. Nous étions convaincus qu’ils resteraient chez nous. L’effet sur le consommateur a été considérable. En supprimant la méfiance, nous avons créé la disruption. La même chose s'est produite en 2020 lors de la crise du covid-19, qui a provoqué un bouleversement dans une société trop basée sur la méfiance, la commande et le contrôle, les règles. Dans un monde complexe, cela ne fonctionne pas très bien. À l'échelle mondiale, nous pouvons restaurer la perte de confiance en nous concentrant sur ce qui a fait notre force par le passé: la capacité de communiquer et de collaborer, sur la base d'une confiance partagée dans des idées, une vision et des objectifs. Dans la nature, nous observons qu'un chimpanzé coopère avec d'autres animaux pour chasser. Une fois qu'ils ont attrapé leur proie, ils se la disputent. L'humanité ne travaille-t-elle ensemble que pour la compétition? Sommes-nous vraiment meilleurs que ces primates? L'histoire du succès de l'humanité, c'est la coopération totale, qui l'emporte à chaque fois sur la compétition.»

Quel est le rapport avec les ressources humaines?

Philipp Kristian: «La GRH consiste à mélanger des centaines de milliers de personnes dans un aquarium et à s'assurer qu'elles fournissent ensemble des performances exceptionnelles. La technologie rend possibles ces collaborations et ces relations. Si l'on considère Internet comme la technologie de collaboration par excellence, sa force réside dans le degré de confiance que nous lui accordons. Vous n'utilisez la technologie que si vous lui faites confiance. La promesse de la technologie est de rendre la collaboration entre les personnes plus facile, plus rationnelle, plus rapide et plus précieuse. Cela dit, depuis les années 1950, notre productivité diminue chaque année alors que la technologie n'a fait que progresser. La productivité baisse quand il n'y a pas de terrain d'entente (la confiance). Le problème est que les relations humaines sont fondées sur la collaboration, mais qu'au fil du temps, nous en sommes venus à faire davantage confiance aux processus et aux systèmes qu'aux personnes. C'est pourquoi il est temps de renouer des relations fondées sur la confiance mutuelle. Lorsque nous y parviendrons, nous verrons se réaliser les promesses que nous fait la technologie depuis des décennies. C'est le véritable tournant et nous avons l'occasion de le négocier maintenant.»

Les responsables RH ont parfois une relation distante avec la technologie et les données. Cette attitude est-elle justifiée?

Philipp Kristian: «Les responsables RH font toujours passer les personnes en premier et la technologie doit faire de même. Si la technologie leur facilitait réellement la vie, ils l'adopteraient plus volontiers. En tant que responsable RH, votre tâche principale est de fournir des informations, tout comme le fait l'entraîneur d'une équipe de football. Vous ne devriez pas avoir à vous soucier de savoir si les joueurs ont mangé ou s'ils ont le bon équipement. Tout cela peut être automatisé. Si la GRH n'accepte pas et n'adopte pas la technologie, c’est qu’elle n’est peut-être pas encore suffisamment centrée sur l'être humain. La technologie ne peut pas être l'héroïne, nous devons nous affranchir des modes.»

Dans quels domaines de la GRH la technologie offre-t-elle une valeur ajoutée?

Philipp Kristian: «Le monde devient de plus en plus complexe, les entreprises aussi. La technologie rend l'assistance sur le lieu de travail plus flexible, personnalisée et agile. Par exemple, la simplicité et la flexibilité des nouveaux outils allègent une grande partie de la bureaucratie administrative. Ce sont des avantages qui rendent le travail plus humain. J'utilise souvent la métaphore de la pyramide. De nombreuses entreprises commencent par la technologie, elles en retirent des données et travaillent ensuite de manière descendante sur les processus et les systèmes. Ce n'est qu'ensuite qu’elles pensent à l'humain. Je propose d'inverser cette pyramide. Nous commençons par le purpose (le sens) de tout cela, le why (le pourquoi). C’est-à-dire que nous tenons compte d’abord du facteur humain pour concevoir des systèmes, des processus et des technologies. C'est une meilleure approche de l'agilité: la technologie est à notre service plutôt que l'inverse. Elle contribue également à susciter la confiance entre les collaborateurs. Elle crée un capital social grâce auquel les salariés communiquent, interagissent et partagent des informations, des données et des histoires sans heurts. C'est essentiel, car nous pouvons ainsi nous concentrer sur la confiance des autres. Enfin, elle aide les entreprises à créer un véritable engagement. On parle beaucoup du sens, par lequel l'entreprise, ses travailleurs et ses clients s'efforcent de créer un avenir meilleur. La technologie rend le processus plus participatif, dynamique et démocratique.»

Quelles tendances voyez-vous émerger dans le secteur des technologies RH?

Philipp Kristian: «La simplicité est une tendance clé. Personne n'aime la complexité. Plus la technologie est simple et facile, plus nous l'apprécions. L'expérience utilisateur des outils doit être intuitive et simple. Les développeurs d'applications doivent prendre l'utilisateur comme point de départ. Les technologies RH sont de plus en plus considérées comme une valeur ajoutée stratégique pour l'organisation. La technologie permet non seulement d'attirer les talents et de les conserver, mais aussi d'augmenter leur implication. La GRH est une alliée stratégique dans ce domaine.»

Quels sont les principaux obstacles?

Philipp Kristian: «L'un des plus grands problèmes dans le domaine de la GRH, c'est le manque de confiance. Ma génération a grandi avec l'économie numérique dans laquelle les gens font facilement confiance aux inconnus. En échange, ils attendent qu'on leur fasse confiance d'entrée de jeu. Les baby-boomers et la génération X, en revanche, pensent que la confiance est quelque chose qui se mérite. Ce sont deux conceptions de la confiance qui s'affrontent et provoquent des incompréhensions entre les générations. Nous devons établir le dialogue et la confiance de manière équilibrée. C'est une chose à reconsidérer lorsque nous transmettons le leadership à la génération suivante. Il faut donc s'attaquer aux problèmes globaux qui sont partagés par la plupart des membres de l'organisation. Ces problèmes deviennent alors l'ennemi commun et la solution que l'on y trouve rassemble les salariés. C'est le leadership du changement en action. Ensuite, construisez un objectif authentique qui convienne à tout le monde et qui rassemble les individus de tous âges. De cette façon, le dialogue intergénérationnel devient productif et produit un changement positif.»

Philipp Kristian

Pionnier dans les domaines de l'innovation et de la confiance. Auteur de RESET et de The Trust Economy, il se veut le porte-parole des générations Y et Z.
Futurologue, conférencier international, il décrypte notre monde numérique. Au cours des dix dernières années, il a stimulé l'innovation dans des entreprises de premier plan, notamment dans la région Asie-Pacifique. Il a été une source d'inspiration pour la transformation de nombreux secteurs dans une cinquantaine de pays.