Francois Weerts
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Francois Weerts

La GRH est morte, vive le management humain!

6 janvier 2020
Le mot «bien» réapparaît dans le vocabulaire. Comme dans bien-être, bienveillance et bien commun.

Au fond, quelle est la conception de l'être humain que diffusent les livres de formation des étudiants en GRH? On a demandé à plusieurs philosophes d'en analyser un échantillon représentatif. Le résultat est consternant: tous ces manuels s'appuient sur la même idée stéréotypée de l'être humain. Ce dernier est considéré comme une variable économique, une ressource qu'il faut exploiter efficacement pour produire une valeur maximale.

C'est le professeur Laurent Taskin (Louvain School of Management, UCLouvain) qui a dressé ce constat lors des journées HRDesign, organisées par HRmagazine dans les locaux du restaurant L'Air du Temps au début du mois de décembre. Il en a profité pour lancer un plaidoyer en faveur d'une approche différente. Une approche qui ne serait plus basée sur la gestion de ces ressources humaines. Cette autre conception répondrait au besoin que l'on voit s'accentuer autour de nous: le besoin d'être reconnu dans notre humanité.

Dans ce renversement de perspective, la GRH traditionnelle se transformerait en management humain. Ce modèle s'articule autour d'une conception particulière de l'être humain. Il est considéré comme doué de réflexion, capable de participer aux décisions qui touchent sa communauté. D'où la recherche de leadership partagé, de cocréation, de participation… Le management humain poursuit une finalité spécifique: la reconnaissance, par opposition à la déshumanisation. Et il a un objet particulier: le travail dans toutes ses dimensions. Des dimensions soigneusement rééquilibrées, avec une attention particulière portée à la reconstitution de collectifs de travail. Le mot «bien» réapparaît alors dans le vocabulaire. Bien, comme bien-être, bienveillance et bien commun.

Angélisme, vue de l'esprit? Bien sûr, face aux grands argentiers obsédés par les chiffres, les ratios et les pourcentages, la recherche d'un management humain peut s'apparenter à un combat. Mais il peut se mettre en place de façon très rationnelle, pragmatique. Parce qu'il a au moins un mérite, celui de retrouver ce fameux sens derrière lequel tout le monde court, des responsables du management humain aux salariés, des free-lances aux capitaines de start-ups.