Travailler ailleurs pour un temps? Pourquoi pas?

5 novembre 2020
Texte
Francois Weerts
Travailler ailleurs pour un temps? Pourquoi pas?

Deux Belges sur trois déclarent qu’ils aimeraient travailler temporairement ailleurs si le besoin s’en faisait sentir. Par exemple, pour donner un coup de pouce dans le secteur des soins, où l’on manque actuellement de mains, ou dans les entreprises qui, en dépit ou précisément à cause du coronavirus, ont beaucoup de travail supplémentaire.

C'est ce qui ressort d’une enquête menée par Acerta auprès de 2.000 Belges actifs. En particulier le personnel dans l’horeca, dans le secteur de la communication et de l’événementiel et dans le tourisme est favorable à un échange temporaire. Il y a toutefois deux conditions importantes pour le Belge: la perspective de pouvoir retourner auprès de son employeur d’origine, ainsi que le maintien du salaire et des conditions de travail.

«Ces chiffres montrent l’énorme potentiel du partage de travailleurs entre des entreprises et des secteurs», souligne Kathelijne Verboomen, directrice du Centre de connaissances Acerta Consult. «C'est une possibilité à laquelle presque personne ne pensait avant la crise du coronavirus. Les travailleurs dans des entreprises en difficulté pourraient travailler auprès d’autres entreprises qui ont précisément besoin de main-d’œuvre supplémentaire actuellement, par exemple parce qu’elles fabriquent de nouveaux produits ou se situent tout simplement dans un secteur où la demande a fortement augmenté en raison du coronavirus. Prenez les soins de santé, par exemple: il y a un très grand potentiel dans ce secteur par les temps qui courent. Les employeurs sont également ouverts à la possibilité d’échanger des travailleurs pour une période déterminée. Environ 40% y sont favorables, tant que les seuils pratiques et administratifs sont bien abordés au préalable.»

Lutter contre l'ennui

L’enthousiasme des travailleurs belges à passer temporairement à une autre entreprise se fait toutefois un peu moindre lorsque le besoin est moins élevé – comprenez : lorsque leur travail n’est pas en jeu en raison de difficultés financières ou de réorganisations. Mais il y a aussi d’autres motivations: 63 % sont disposés à travailler temporairement ailleurs pour apprendre de nouvelles choses. Et pour éviter le risque de bore out aussi, 62% veulent chercher temporairement d’autres horizons.

Les travailleurs dans des secteurs actuellement en difficulté sont les plus ouverts à être employés ailleurs. En particulier dans les télécommunications (83 %), dans le secteur publicitaire et événementiel (82,2%), dans l’horeca (73 %) et dans le secteur du tourisme (69,3 %), nous constatons une volonté qui dépasse la moyenne.

Kathelijne Verboomen: «C’est précisément dans les secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus que les travailleurs sont actuellement disposés à travailler temporairement dans une autre entreprise. De nombreux travailleurs de l’horeca, du tourisme ainsi que du secteur de la communication et de l’événementiel sont ou ont longtemps été au chômage temporaire. Ils veulent continuer à travailler et sont par conséquent ouverts à un passage vers un autre secteur. En effet, il faut oser penser suffisamment large. Nous remarquons que le réflexe des fédérations et des secteurs est parfois plus conservateur que le réflexe des collaborateurs eux-mêmes. Acerta a mis sur pied une plateforme de partage spéciale dédiée aux travailleurs, que nous avons baptisée Bridge. Nous voulons ainsi créer un lien entre les entreprises et les organisations pour échanger des travailleurs facilement et d’une manière juridiquement imparable. En effet, permettre à un maximum de personnes de rester sur le marché du travail est dans l’intérêt de notre économie.»

À propos des chiffres

Les données sont issues de l’enquête biennale à grande échelle qu’Acerta fait réaliser par le bureau d’enquête Indiville auprès de 2.072 travailleurs. Cela constitue un échantillon représentatif du marché du travail sur la base des chiffres les plus récents de Statbel.