S'ouvrir dans son environnement professionnel

7 décembre 2022
Texte
Jo Cobbaut

La qualité de nos relations détermine la qualité de notre vie. C'est la conviction d'Esther Perel, psychothérapeute belge installée à New York. Grâce à l'intelligence relationnelle, nous parvenons à comprendre les dynamiques qui nous empêchent d'accueillir des personnes que nous ne connaissions pas.

Texte: Jo Cobbaut / Photo: Leeor Wild

Que souhaitent laisser les gens après leur mort? Selon plusieurs enquêtes, ce qui compte le plus pour eux, c'est ce qu'ils auront représenté pour les autres, pas les possessions matérielles qu'ils leur légueront. La plupart espèrent qu'ils auront pu passer suffisamment de temps avec ceux qui comptent vraiment pour eux. «Dans ma position de thérapeute qui travaille spécifiquement sur les relations, je rencontre beaucoup de patients qui ont été blessés par les autres, qui souffrent d'un sentiment de perte, qui ont des difficultés à se connecter avec leurs proches... Même ceux qui occupent un poste élevé se réveillent la nuit en repensant à leurs collègues qui ont gâché leur journée. Je suis convaincue que les bonnes relations sont à la base d'une vie bonne, du bien-être personnel, et même, du bonheur.»

Être soi-même au travail

S'il est vrai que la qualité de vos relations détermine la qualité de votre vie, on peut supposer qu'elles ont aussi une influence sur la qualité des organisations. Ce qui signifie que vous pouvez vous montrer tel que vous êtes au travail. Mais pouvez-vous attendre autant d'ouverture dans un environnement professionnel? «Je pense que nous venons au travail avec ce que nous sommes en vérité, que nous le sachions ou non», assure Esther Perel. «Il n'est pas nécessaire de tout dire explicitement pour que les autres connaissent certaines choses de vous. Les gens vous voient, pour paraphraser Levinas. Ils ne savent peut-être pas pourquoi vous êtes de mauvaise humeur mais ils se rendent bien compte que quelque chose vous chiffonne. Ils ne savent peut-être pas pourquoi vous dites toujours non, mais ils vous voient comme quelqu'un qui dit souvent non.»

Selon Esther Perel, les jeunes générations éprouvent ici moins de scrupules que les boomers. «Les représentants de la génération Z apportent leurs valeurs et leurs priorités», continue Esther Perel. «Davantage que les boomers, ils veulent travailler dans une organisation qui correspond à leurs valeurs et ils attendent même qu'elle les endosse clairement. Aux États-Unis, c'est tout à fait évident. Les travailleurs réclament un engagement clair en faveur de leur bien-être psychologique et émotionnel. Cela ne se limite pas à installer une salle de gym dans l'entreprise, ils veulent aussi que l'on fasse attention à leurs facteurs de stress.»

Thérapie systémique

Esther Perel aime le concept d'intelligence relationnelle qui s'inscrit dans le cadre de la thérapie systémique. «Dans cette approche, quand on observe les relations entre deux personnes, on ne s'arrête pas à ces deux individus seulement», explique-t-elle. «On prend aussi en considération leur histoire, on s'intéresse à ce qu'ils sont aujourd'hui et à leur passé. Ces forces invisibles déterminent la direction dans laquelle leur relation s'oriente. L'intelligence relationnelle tient compte des rapports de force et des éléments sociétaux, elle ne limite pas à la relation interpersonnelle. L'intelligence relationnelle nous aide à identifier les forces qui nous empêchent d'accueillir des personnes que nous ne connaissions pas. Elle nous permet aussi de comprendre des dynamiques comme le pouvoir, le contrôle, la confiance, les coalitions, les rapports entre soi et le groupe… ¶

ID

Esther Perel

Fonction

Psychothérapeute belge installée à New York