“Nous avons déjà beaucoup appris et nous devons poursuivre sur cet élan”

18 janvier 2021
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“Nous avons déjà beaucoup appris et nous devons poursuivre sur cet élan”

Agiles pour demain | Partie 1 : le coronavirus et le marché de l’emploi

L'année qui se termine nous a montré que des changements peuvent intervenir encore plus vite que nous le pensions jusqu’il y a peu. Nous avons aussi appris que l'envie d'apprendre et l'agilité sont capitales pour faire face à toute évolution. Dans cette série en cinq parties, nous nous pencherons sur quelques grandes tendances pour l'avenir dans les domaines de l'apprentissage et du travail.

La crise du coronavirus a provoqué une onde de choc sans précédent sur notre marché de l’emploi. Quelle sera la situation après cette crise sanitaire ? Tant qu'elle se poursuivra, il sera difficile de prédire l'avenir. Même si certaines tendances commencent à se dessiner. Par exemple, la course aux talents va prendre une nouvelle tournure, déclare An De Coen, Experte Compétences et Marché du travail chez Idea Consult.

L'horeca, les magasins non essentiels, la culture, les événements et les salons de coiffure ont été particulièrement touchés ces derniers mois par les mesures de fermeture obligatoire. Beaucoup d'autres secteurs ont eux aussi été durement touchés. De nombreuses entreprises industrielles ont également beaucoup souffert, par exemple en raison d'une mise à l'arrêt progressive de leurs activités liées à l'exportation.

Le fossé social risque de se creuser

On remarque d’emblée un fil conducteur : les personnes qui ont un emploi précaire – faible revenu, statut précaire, travail à temps partiel imposé, peu ou pas de représentation sur le lieu de travail ou une combinaison – risquent de devenir les plus grandes victimes de cette situation économique précaire.

Pour les travailleurs dont la situation est déjà stable et satisfaisante, il existe un filet de sécurité important. Par contre, les personnes qui étaient déjà en difficulté avant cette crise risquent de voir leur situation s'aggraver encore du fait qu'elles ne sont guère protégées. Il est donc à craindre que la fracture sociale ne s'aggrave encore dans un avenir proche.

Les jeunes constituent un groupe particulièrement vulnérable dans ce contexte. En effet, leurs chances de trouver un nouvel emploi s’amenuisent fortement. An De Coen : « D'une part, ils sont les derniers recrutés et d'autre part, ils sont les premiers à se retrouver licenciés lorsque leur entreprise est en difficulté. Par ailleurs, en période d'incertitude économique, des candidats plus expérimentés arrivent sur le marché. Et les employeurs portent leur choix sur des profils qui peuvent être rapidement intégrés. »

Les employeurs préfèrent les profils qui peuvent être rapidement intégrés.

Une mobilité intersectorielle plus fluide

Actuellement, le nombre de demandeurs d'emploi excède celui de postes vacants. On s'attend à ce que dans certains secteurs l'excédent de travailleurs persiste un certain temps après la crise. An De Coen : « Beaucoup de gens sont obligés de se réorienter pour pouvoir réintégrer le marché du travail. Il est donc absolument nécessaire d'investir davantage dans l'accompagnement de carrière et les parcours de formation pertinents pour les chercheurs d'emploi et les nombreux chômeurs temporaires. Le fait que les partenaires sociaux flamands aient conclu un accord pour faire de 2021 “l'année de la formation” est en tout cas encourageant. »

Cela étant dit, on se heurte immédiatement à un point problématique de notre système de marché du travail. An De Coen : « Un cloisonnement est à déplorer entre les secteurs. Commissions paritaires, conventions collectives, embauche dans le secteur public versus embauche dans le secteur privé... mettent un frein à la mobilité intersectorielle. « Ces derniers mois, nous avons donc assisté à des situations parfois absurdes : tandis que dans tel secteur, des milliers de personnes se sont retrouvées en chômage temporaire, tel autre secteur peinait à trouver des renforts. »

Il est capital d'investir davantage dans l'accompagnement de carrière et les parcours de formation pertinents pour les chercheurs d'emploi.

Un sérieux rattrapage numérique

Les autres pays ne sont-ils pas confrontés à ce genre de problèmes de mobilité ? An De Coen : « Ils le sont, en effet. Mais ils parviennent à réagir plus rapidement. Aux Pays-Bas, par exemple, un Transferpunt Zorg en Welzijn (point de transfert pour les secteurs Soins et Bien-être) a été mis en place il y a plusieurs mois : il tente de remédier de manière plus structurelle à la pénurie urgente de main-d'œuvre dans ces secteurs. Il s'agit d'une plaque tournante qui permet d'intégrer rapidement des personnes d'autres secteurs.

À noter que chez nous aussi, les secteurs et les entreprises individuelles sont à la recherche de solutions créatives pour promouvoir la collaboration dans le contexte actuel. Cependant, la fragmentation des compétences ralentit une fois encore la concrétisation de ces initiatives et partenariats. »

Les secteurs et les entreprises recherchent des solutions créatives pour promouvoir la collaboration dans le contexte actuel.

Il est clair que la crise sanitaire a aggravé certains points problématiques de notre système de marché du travail qui ne sont pas nouveaux. « Mais nous avons aussi beaucoup appris en peu de temps », dit An De Coen en conclusion. « Par exemple, d'innombrables organisations et équipes ont réussi à passer très vite à la vitesse supérieure en matière de numérisation, de télétravail, de communication et d'apprentissage en ligne... C'est en soi un énorme pas en avant, car ce sont précisément cette agilité et cette adaptabilité qui sont et seront capitales pour réussir dans l'avenir. Nous devons absolument maintenir cette dynamique, même après la crise. »

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