Hanan Challouki: «L'inclusion n'est pas un outil, mais un droit fondamental»

11 juillet 2022

Hanan Challouki l'a dit lors de notre récent congrès à Milan: l'inclusion est cruciale dans un environnement qui devient de plus en plus divers. Attention: elle ne peut se limiter à être un outil pour améliorer la compétitivité.

Texte: Jo Cobbaut / Photo: Wouter Van Vaerenbergh

L'inclusion est très simple dans un environnement homogène. Mais quand la société devient plus diverse et que les frontières s'estompent, la culture de l'unité disparaît et l'inclusion devient moins évidente. Hanan Challouki, consultante en stratégie, en a fait sa mission: elle veut rendre le monde plus inclusif.

Comment définir l'inclusion?

Hanan Challouki: «Elle caractérise un environnement dans lequel diverses catégories de personnes se sentent impliquées, ont l'impression de pouvoir faire entendre leur voix. De cette manière, l'inclusion est essentielle pour le bien-être des individus. Dans des organisations qui deviennent de plus en plus diverses, les salariés sont différents et ont des besoins différents. Ces différences peuvent concerner la culture, le genre, l'âge… Multiplier les perspectives pour observer un phénomène peut être enrichissant mais peut aussi engendrer des frustrations si l'on ne prend pas en compte les points de vue de chacun.»

Les valeurs de l'organisation

Quel conseil donneriez-vous?

Hanan Challouki: «Essayez de comprendre le contexte en nouant le dialogue et en collectant des informations. Intéressez-vous à l'historique de la situation. Vous pourrez alors identifier les conventions sur lesquelles s'appuie la culture dominante. Dans la phase suivante, vous pourrez formuler un plan stratégique et déterminer les étapes à franchir avec le double objectif d'atteindre les objectifs de l'organisation sans que personne ne se sente exclu.»

Quel lien peut-on faire avec les valeurs de l'entreprise?

Hanan Challouki: «En fait, certaines valeurs ont une portée moins universelle que d'autres. La transparence par exemple est une valeur plus simple à manier. Elle veut dire que l'information est partagée avec tous les salariés, que les données sont très accessibles, que l'on peut facilement poser des questions, etc. Mais une valeur comme la solidarité, l'individu doit en faire l’expérience au plus profond de lui-même. Elle n'est pas seulement plus difficile à définir, elle est aussi plus complexe à concrétiser. En réalité, je pense que l'inclusion doit être une valeur claire mais sous-jacente, en ce sens qu'elle doit s'imbriquer dans d'autres valeurs de l'entreprise. Le respect? Très bien. Mais pour tous , quelles que soient les différences. La solidarité? D'accord, mais avec chacun.»

Certains groupes cibles ont besoin de plus d'attention. Pour ceux qui souffrent d'un handicap, le respect peut demander de réaliser certains aménagements, comme un accès au bâtiment pour les fauteuils roulants.

Hanan Challouki: «Quelqu'un m'a dit récemment qu'il s'était rendu compte de l'énorme superficie de moquette qui était présente dans son entreprise quand quelqu'un est venu travailler en fauteuil roulant. De fait, la moquette est très inconfortable pour ces usagers. Vous avez beau être sincère en prônant le respect, vous pouvez ne pas comprendre les besoins des catégories auxquelles vous n'appartenez pas parce que la vôtre profite de certains privilèges. Si vous me dites que des jours fériés comme Noël ou le Nouvel An sont des évidences pour vous, j'en conclus que vous bénéficiez d'un privilège chrétien. Pour la rupture du jeûne musulman, les choses sont plus complexes. Ce jour de fête est difficile à planifier parce que l'on n'en connaît la date qu'à très brève échéance. L'inclusion implique donc d'organiser une certaine forme de flexibilité. Dans ces conditions, elle peut renforcer les valeurs de l'entreprise quand tout le monde se sent respecté indépendamment de sa position, de sa fonction…»

Innovation

On peut faire ici un rapport avec l'innovation: l'inclusion remet en question ce qui semble aller de soi.

Hanan Challouki: «La diversité nous force à nous orienter vers le changement. Ce qui n'est pas facile. Demander à des salariés de changer des choses qu'ils font d'une certaine manière depuis des années sans qu'ils n'en ressentent le besoin peut devenir très délicat. Mais c'est possible pourvu que vous expliquiez le contexte.»

L'inclusion et la diversité ont sans doute moins d'importance pour les équipes qui ont des tâches uniformes?

Hanan Challouki: «Oui, c'est vrai en théorie. On peut envisager la diversité et l'inclusion comme des moteurs de créativité et de productivité… Mais l'inclusion est un droit humain. Tout le monde a envie de se sentir bien, d'être heureux dans son travail. On en arrive vite au constat que l'inclusion est importante partout et pour tous, indépendamment du type d'équipe. D'ailleurs, même dans les groupes qui effectuent des tâches standardisées, le sentiment d'appartenance, de cohésion, a un impact sur le bien-être général. Les gens veulent s’épanouir dans leur travail parce qu'ils y consacrent une grande partie de leur vie. L'inclusion est donc essentielle dans tous les environnements. Personne n'aime partir au bureau ou revenir chez soi en se demandant: à quoi bon? C'est d'autant plus vrai pour les jeunes qui arrivent sur le marché de l'emploi et qui pensent que le travail ne se limite pas à gagner de l'argent. Ici aussi, l'inclusion joue à plein.» ¶

ID

Hanan Challouki

Fonction

Consultante en stratégie et fondatrice d'Inclusified