«2008 était l'année de la crise des CFO, 2020 sera celle des CHRO»

12 novembre 2020
Texte
Francois Weerts
«2008 était l'année de la crise des CFO, 2020 sera celle des CHRO»

Texte: Jo Cobbaut / Photo: Jan Locus

HRmagazine a interrogé de hauts responsables RH de BESIX, Deloitte, Solvay et UCB sur la priorité qu'ils donnent au bien-être au travail. Mais qu'en est-il du bien-être personnel de Jean-Luc Fleurial (UCB), Yves Van Durme (Deloitte), Hervé Tiberghien (Solvay) et Geert Aelbrecht (BESIX)? Comment ont-ils traversé cette période frénétique?

Nous avons parlé de ce que représente la pandémie pour votre entreprise (lire notre article: Réinventez le travail en fonction du bien-être ). Mais comment avez-vous vécu cette période personnellement?

Hervé Tiberghien (Solvay): «Si la crise de 2008 était celle des CFO, celle que nous traversons est probablement la crise des CHRO. Ils sont sur tous les fronts depuis le mois de mars. Pour ce qui me concerne, je peux dire que je suis stimulé par les évolutions rapides et par les opportunités qui se présentent. Dans notre entreprise, je peux m'engager à fond dans le changement et, en même temps, montrer que je prends soin de mon équipe. Depuis juin, je me suis installé dans les Alpes. Je télétravaille en regardant les sommets, ce qui en dit beaucoup. Oui, le télétravail a été compliqué pour moi aussi. Mais j'ai organisé des formations pour mes équipes afin de leur apprendre à ménager des pauses dans leur travail. Je veux les rendre résilients pour les aider à affronter les années à venir. C'est une certitude, nous avons intégré beaucoup plus le bien-être dans nos vies. Moi aussi, je suis resté à la maison pour la première et probablement pour la dernière fois avec mes deux enfants pendant quinze jours.»

Yves Van Durme (Deloitte): «J'ai eu des difficultés au départ. Je me souviens d'une époque où notre préoccupation était de trouver le bon restaurant pour un lunch. Inutile de dire que ce souci a disparu de nos radars. J'ai également appris à me sentir moins coupable si je ne travaille pas dix ou douze heures d'affilée. Quand j'étais au bureau toute la journée, c'était impensable. Désormais, j'ose profiter de ma soirée pour cuisiner avec mes enfants. Inimaginable il y a un an. Cela dit, je preste encore de nombreuses heures et je fais de mon mieux pour répondre à des appels tardifs, mais je m'accorde malgré tout plus de temps. La vie de bureau ne me manque pas vraiment.»

Jean-Luc Fleurial (UCB): «La situation n'était pas simple à cause de l'incertitude qui pesait sur les examens universitaires de mes enfants. C'était aussi un vrai défi de rester en permanence à la maison avec toute la famille. Pas facile de trouver du temps pour moi-même. J'ai commencé à marcher pendant une heure tous les matins. Ce qui ne représente pas un investissement très lourd. Surtout quand on sait que je passais facilement deux heures par jour dans ma voiture. J'ai fait un peu plus de sport et j'ai d'ailleurs perdu une dizaine de kilos.»

Geert Aelbrecht (BESIX): «Les débuts étaient plutôt pesants. J'ai travaillé du matin au soir. Y compris pendant les week-ends. Au début de l'année, mon épouse m'avait fait promettre que je passerais plus de temps à la maison. Je ne pensais pas que je tiendrais cet engagement aussi rapidement et avec autant de rigueur. Je n'avais jamais consacré autant de temps à mes enfants pendant la semaine. Et c'était formidable. Le problème, maintenant, c'est de faire des choix: que gardons-nous? Que rejetons-nous? Qu'est-ce qui sera acceptable? Certains membres de mon équipe travaillent au bureau, d'autres non. J'estime que pour ma part, je dois être suffisamment présent mais pas plus que nécessaire. Comment puis-je donner le bon exemple? Dans ma sphère personnelle, il y a une chose que je sais avec certitude: me priver de mes enfants aussi longtemps, je ne peux plus m'y résoudre. Être toujours accessible, y compris le week-end, toujours prendre les appels… Quoi qu'il arrive, je consacrerai plus de temps à ma famille et à moi. Le travail reste une partie de ma vie mais le contraire ne sera plus vrai. Cependant, la nouvelle normalité devra encore être définie dans les prochains mois.»

Hervé Tiberghien (Solvay): «Nous avons intégré le bien-être dans nos vies. C'est en appliquant ce modèle que nous voulons travailler avec nos équipes. Moi aussi, je suis resté pour la première fois à la maison avec mes deux enfants. Je souhaite aider mes équipes à le faire également.»

Geert Aelbrecht (BESIX): «Je ne pense pas que les gens auront envie de retourner au modèle ancien. Et si nous exigeons que nos salariés restent au bureau tous les jours de la semaine, je crois qu'ils n'auront plus envie de travailler pour nous. Certains se plaignent que le télétravail est stressant mais au final, je vois plus d'opportunités que de problèmes.»