Sigrid Gulix Sigrid Gulix, porte-parole de NewB
Texte
Liliane Fanello
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Olivier Bourgi

NewB, une banque qui se veut pas comme les autres

2 novembre 2021
Nous avons toujours dit que nous voulons être une entreprise organisée horizontalement. Cela veut dire que tout le monde peut venir avec des idées et que toutes les voix sont écoutées avec la même attention.
Comme tout projet en rupture avec la ligne dominante, la nouvelle banque NewB suscite, selon les points de vue, curiosité, circonspection, étonnement ou excitation, tant les idéaux sociétaux et environnementaux sont poussés loin. Sur le plan de la GRH aussi. Ceux qui ont planché sur la charte de l’entreprise ont imaginé un monde du travail bienveillant, inclusif, éthique, participatif, équitable, sobre, hyper respectueux du bien-être de chacun et chacune… Mais la réalité ne devra-t-elle pas composer avec quelques compromis?

Comme tout projet en rupture avec la ligne dominante, la nouvelle banque NewB suscite, selon les points de vue, curiosité, circonspection, étonnement ou excitation, tant les idéaux sociétaux et environnementaux sont poussés loin. Sur le plan de la GRH aussi. Ceux qui ont planché sur la charte de l’entreprise ont imaginé un monde du travail bienveillant, inclusif, éthique, participatif, équitable, sobre, hyper respectueux du bien-être de chacun et chacune… Mais la réalité ne devra-t-elle pas composer avec quelques compromis?

Cela fait plus de 50 ans qu’une banque n’avait plus vu le jour en Belgique! Et quelle banque… Pour comprendre la culture NewB, il faut avoir en tête qu’à l’origine, elle a été fondée par une série d’associations telles qu’Oxfam Solidarité, Greenpeace, Vent du Sud… NewB a germé sur ce terreau: la conviction qu’engagement sociétal et monde bancaire sont compatibles et qu’une autre approche de la finance est possible. NewB se positionne comme une banque au service de la planète et de la société.

Rien ou presque, dans cette coopérative, ne ressemble à une banque traditionnelle. De la gouvernance aux processus de décision collaboratifs, de la sobriété des campagnes de marketing et de communication à la composition (forcément) éthique des portefeuilles d’investissements, de l’audacieux modèle tarifaire «à prix conscient» à la politique de rémunération respectant une tension salariale de 1 à 5…

Tout est imprégné des 13 valeurs inscrites dans les statuts: transparence, participation, durabilité, honnêteté, simplicité, sobriété, inclusion, innovation, professionnalisme, sécurité, intégration, diversité et proximité. Ces valeurs sont traduites dans la colonne vertébrale de NewB: la charte sociale et environnementale. Déclinée en 113 articles, c’est elle qui balise toutes les facettes de la vie de la banque.

Une longue cocréation

L’exercice de rédaction a duré plusieurs mois. Il a été mené par des membres du comité sociétal – une sorte de comité des sages composé de coopérateurs bénévoles auquel est confié le contrôle du respect des valeurs – en collaboration avec le personnel de NewB. «Pour chaque thème, une personne ou un groupe de travail composé des membres de l’équipe a rédigé un projet avec les principes à mettre en place», explique Sigrid Gulix, porte-parole de la banque. «Ce projet est ensuite passé dans les mains de différents groupes de relecture pour être lu et relu, complété, amendé… jusqu’au consensus.» Ce travail participatif n’est pas tout à fait terminé puisqu’un chantier de cocréation autour de la charte avec les coopérateurs est maintenant en route.

Participer à un groupe de travail n’est ni obligatoire ni conditionné à la maîtrise de la thématique abordée. «Mais chez NewB, tout le monde participe à un groupe selon ses affinités et le temps dont il ou elle dispose. Nous avons toujours dit que nous voulons être une entreprise organisée horizontalement. Cela veut dire que tout le monde peut venir avec des idées et que toutes les voix sont écoutées avec la même attention. Cela prend certes beaucoup de temps. Mais c’est aussi un investissement car on a une plus grande adhésion sur le long terme», poursuit Sigrid Gulix.

Un service RH collectif et participatif

Pour l’instant, l’équipe RH de NewB se limite à une seule personne, une consultante externe temporaire. Cela va peut-être changer lorsque l’entreprise aura recruté la perle rare qui occupera le poste ouvert de DRH. Mais cela n’a pas empêché la banque d’avoir bien avancé sur diverses thématiques. La réflexion est menée au sein d’un groupe de travail made in NewB, composé de 11 personnes issues des divers services de l’entreprise. Les thématiques sont réfléchies en sous-groupes: politique salariale, télétravail, diversité et inclusion… Sigrid Gulix fait partie du sous-groupe «bien-être et sécurité au travail».

Dilemmes

Quand on lit la charte sociale et environnementale, disponible sur le site de la banque, on ne peut cependant s’empêcher de se poser des questions. Comment vont-ils prioriser et évaluer la réalisation de toutes leurs ambitions? Celles-ci sont-elles réalistes? La charte ne pourrait-elle pas devenir un frein à l’efficacité? «Il est clair que nous avançons pas à pas», reconnaît Sigrid Gulix. «Et comme nous sommes des pionniers, nous rencontrons parfois des dilemmes. Un très bon exemple: la politique de remboursement des frais de transport. Dans la charte, nous avons indiqué que nous ne voulons pas inciter nos collaborateurs à prendre la voiture pour venir au travail, et donc que nous n’intervenons que pour les transports publics et les modes de mobilité douce. Mais dans la commission paritaire 310 dont nous faisons partie en tant que banque, cela n’est pas permis. Nous devons donc nous conformer aux dispositions légales.»

Recruter les perles rares

Autre exemple: la diversité prônée au point 90 de la charte se heurte à la réalité du marché de l’emploi. «Pour certains profils, dont ceux du comité de direction, il nous fallait recruter des personnes qui avaient une certaine expérience et pouvaient être acceptées par la Banque Nationale. Mais le monde bancaire vient de loin et pour certains types de postes, la diversité telle qu’elle existe dans la société est quasi inexistante dans la finance!»

Les contradictions entre l’idéal des coopérateurs et la réalité se manifestent dans d’autres domaines. Par exemple la communication. Certains coopérateurs voudraient que le service communication n’ait pas recours à LinkedIn, Facebook & Co. «Là aussi nous devons trouver un équilibre», commente Sigrid Gulix. «Nous expliquons à nos coopérateurs que nous ne choisissons pas ces réseaux sociaux pour enrichir Marc Zuckerberg, mais parce que les moyens qui nous sont alloués sont limités et que les réseaux sociaux sont notamment plus abordables et flexibles que les canaux de publicité traditionnels.»

Marque employeur inconnue

Son collègue porte-parole Nicolas Karlshausen complète: «La plus grosse difficulté à laquelle NewB doit faire face actuellement en termes de recrutements, c’est l’absence de notoriété. Nous avons une volonté de communiquer de façon plutôt sobre. Mais depuis l’énorme battage médiatique qu’a suscité notre levée de fonds, nous n’avons plus beaucoup communiqué. Du coup, il est plus difficile de motiver des candidats et candidates à la fois issus du secteur bancaire ou des assurances, et qui en plus recherchent un environnement de travail mieux aligné avec leurs valeurs.»

On l’a compris, l’adhésion aux valeurs de l’entreprise fait partie des critères importants pour tout recrutement chez NewB. Cela confère à l’entreprise, selon l’opinion de Nicolas Karlshausen, une sorte de mentalité de bienveillance. «Des guerres d’ego, je crois que j’en ai connu plus en un mois dans mon ancien boulot qu’en cinq ans chez NewB! De par les profils recrutés jusqu’à présent, il y a au sein de l’équipe un état d'esprit un peu moins compétitif que dans d’autres entreprises. Bien sûr, le défi sera de préserver ce climat sur le long terme.»

Attendue au tournant

Toutes ces questions et contradictions ne sont pas si anodines, car il est indéniable que la pression sur NewB est très forte, à l’intérieur comme à l’extérieur. «D’un côté, nous constatons que notre arrivée a inspiré les autres banques à devenir plus durables. D’un autre côté, il est vrai que NewB a fait beaucoup de promesses. Nous devons donc être exemplaires car nous serons critiqués beaucoup plus sévèrement que bien d’autres banques en cas de faux pas», admet Sigrid Gulix.

Moment de grâce

Pour l’heure, la jeune banque jouit de ce moment privilégié propre à tout début d’aventure. «Chez NewB, nous avons l’avantage d’avoir un but commun: nous sommes tous unis autour de la volonté de faire s’épanouir ce projet. Nous sommes dans une énergie particulière, où tout est à construire. Ça porte énormément!» Mais selon Nicolas Karlshausen, le revers de la médaille est que dans la pratique, cela prend parfois beaucoup de place dans la vie des collaborateurs, et compromet dès lors l’équilibre vie professionnelle-vie privée gravé dans la charte. Un dilemme de plus à gérer.

Les chiffres d'une nouvelle banque

  • Octobre 2019: NewB lance sa levée de fonds. Objectif: récolter 30 millions.
  • En six semaines, NewB récolte 35 millions d’euros.
  • Janvier 2020: NewB obtient sa licence bancaire.
  • 2021: lancement des premiers produits, comptes bancaires, comptes d’épargne, une nouvelle carte bancaire, assurances…
  • Environ 116.000 coopérateurs.
  • 28 salariés (13 femmes et 15 hommes).
  • Le comité sociétal est élu pour 3 ans au maximum. Il a entre autres pour mission d’élaborer des indicateurs de mesure du respect de la charte.

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Sigrid Gulix, porte-parole de NewB

Nicolas Karlshausen, porte-parole de NewB