Lionel Barets Lionel Barets, CEO de Convidencia, expert en transformation et management agile
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Lionel Barets

Les 4 dimensions énergétiques de l’entreprise

4 janvier 2021
Les dimensions se nourrissent mutuellement. Le fait de donner un nouveau sens à une entreprise peut entraîner la création de nouveaux produits générateurs de chiffre d’affaires
Au même titre qu’il est nécessaire pour un être humain en développement ou en recherche d’équilibre de satisfaire les quatre dimensions énergétiques de son être, je propose de transposer ce principe au monde des organisations.

 Au même titre qu’il est nécessaire pour un être humain en développement ou en recherche d’équilibre de satisfaire les quatre dimensions énergétiques de son être, je propose de transposer ce principe au monde des organisations.

Les quatre dimensions bien connues sont les dimensions physique, émotionnelle, mentale et spirituelle. Souvent présentées à travers les sept chakras du corps humain, quelles que soient nos croyances sur le sujet, elles nous invitent surtout à prendre conscience de niveaux de besoins différents et complémentaires. Si certains niveaux ne sont pas suffisamment nourris, c’est l’ensemble de l’équilibre qui est menacé. Ce trouble laisse une porte ouverte au chaos, au stress et au mal-être.

En veillant à prendre soin de chacune de ces dimensions, l’être humain, comme l’entreprise, augmente sa capacité à trouver la sérénité et à affronter les différents obstacles sur son chemin.

La dimension physique

Chez l’être humain, la dimension physique concerne tout ce qui a trait au corps physique, donc ce qui est relié à l’état de santé, aux sensations corporelles, à la réponse aux besoins essentiels parmi lesquels la sécurité matérielle. Cette première dimension est rattachée à ce qui garantit la survie d’un individu.

La dimension physique d’une organisation représente son socle. Elle comprend:

  • la sécurité financière, trésorerie, réserve de liquidité;
  • la capacité à produire de la valeur pour générer du chiffre d’affaires;
  • la capacité à vendre son savoir-faire;
  • le personnel et les moyens de production;
  • la structure organisationnelle et les processus;
  • les mesures prises pour assurer la sécurité du personnel autant physique que mentale dans un contexte difficile.

Si le socle est menacé, c’est la totalité de l’organisation qui est en péril. L’insécurité générée peut exacerber chez les collaborateurs, comme chez les dirigeants, le besoin de vouloir rester «en contrôle» et entraîner la colère, les réactions impulsives, les comportements dominants et agressifs.

La dimension émotionnelle

Chez l’être humain, cette dimension émotionnelle comprend tout ce qui se rapporte aux états d’âme de la personne, donc aux émotions et aux ressentis intérieurs. L’aspect émotionnel concerne tout ce qui touche ou nuit au cœur et aux humeurs: les sentiments, les liens affectifs, l’inspiration créative, les talents artistiques, le don de soi, etc.

La dimension émotionnelle d’une organisation représente son cœur. Elle comprend:

  • le bien-être des collaborateurs;
  • le sentiment d’appartenance;
  • le lien et les relations entre les collègues;
  • la créativité et la passion;
  • la solidarité et la bienveillance entre les membres au quotidien et en particulier dans les moments difficiles;
  • l’exercice sincère d’activités sociales pour aider d’autres causes ou des personnes internes ou externes à l’organisation.

Si le cœur est fragilisé, c’est le liant et la passion de l’organisation qui sont menacés. La dépression guette alors l’entreprise. L’organisation se révèle alors sans joie, sans lien, froide et inhospitalière.

La peine peut accentuer le besoin chez les collaborateurs «de se faire aider» pour lutter contre l’isolement et le manque. Cette tristesse peut alors provoquer des comportements de plaintes et de victimisation.

La dimension mentale

Chez l’être humain, la dimension mentale concerne tout ce qui se rapporte à son esprit. Sont concernées ici ses aptitudes intellectuelles, ses facultés d’analyse, d’apprentissage, de communication et de raisonnement. La dimension mentale se réfère à la partie du cerveau humain qui permet de penser, de réfléchir, de comprendre et de prendre des décisions éclairées.

La dimension mentale d’une organisation représente donc son esprit. Elle comprend:

  • la connaissance et les compétences;
  • la capacité d’innovation;
  • la capacité à se projeter dans l’avenir et à imaginer un meilleur futur;
  • la capacité à discerner les risques et les opportunités;
  • la capacité à faire de la stratégie;
  • la capacité à communiquer au monde qui elle est, ce qui peut intégrer la communication et le marketing par exemple, mais pas uniquement;
  • la capacité à se repenser pour être plus performante et adaptée au monde dans laquelle elle évolue.

Si l’esprit n’est pas assez nourri, c’est une organisation dépassée qui émerge. La lucidité de l’entreprise est en jeu. Elle devient incapable d’innover, de s’adapter, cultive l’incompétence et prend de mauvaises décisions.

La confusion et l’inadaptation peuvent forcer les collaborateurs à «prendre de la distance» afin de lutter contre la perte de repère et d’estime de soi. Cela peut également entraîner la peur, le déni et les comportements d’isolement.

La dimension spirituelle

Chez l’être humain, la dimension spirituelle intègre notamment tout ce qui se rapporte à la notion de conscience. Que ce soit à travers la moralité, le respect des lois et des conventions sociales ou encore à travers ses vertus humanitaires et altruistes, l’aspect spirituel ne s’arrête pas là. Il fait également référence aux croyances, à la façon de concevoir la vie sur les plans éthique, social, religieux ou philosophique.

Si nous allons encore un peu plus loin, en partant du principe que tous les êtres humains sont reliés les uns aux autres par l’appartenance à la grande famille humaine, la dimension spirituelle inclurait également les fluctuations énergétiques conscientes ou inconscientes que subissent tous les êtres humains, tant sur le plan individuel que collectif.

La dimension spirituelle d’une organisation représente sa conscience, voire son âme. Elle comprend:

  • sa moralité et son éthique;
  • la manière dont elle se voit jouer un rôle dans son écosystème;
  • la manière dont elle développe et se connecte à cet écosystème;
  • les croyances qu’elle développe sur le monde des organisations, leur rôle pour influencer et développer la Société et faire évoluer l’humanité;
  • le sens qu’elle cherche à accomplir à travers sa vision et sa mission;
  • sa capacité à détecter les coïncidences heureuses et les transformer en opportunité;
  • sa capacité à attirer les talents, les opportunités, les bonnes énergies ainsi qu’à inspirer les autres organisations juste en rayonnant sa «couleur» naturelle.

Si la conscience est embrumée, c’est la lumière de l’entreprise qui s’éteint peu à peu. Quel est donc le cap au-delà du simple profit? À quoi sert l’entreprise? En quoi peut-elle être inspirante si elle n’est pas inspirée?

La déconnexion peut pousser les collaborateurs à «vouloir sauver les autres» afin de lutter contre la culpabilité ou la honte de ne servir à rien ou de ne pas faire assez. Cela peut entraîner une volonté d’être indispensable et de se remettre constamment en question.

En quête d'équilibre

Une entreprise ne peut aller profondément bien si elle ne nourrit pas suffisamment chacune de ses quatre dimensions.

Même avec la meilleure rentabilité (dimension physique) et une grande expertise et capacité d’innovation (dimension mentale), l’entreprise ne peut se passer de collaborateurs épanouis et interagissant de manière positive (dimension émotionnelle), ni d’une finalité cohérente et porteuse de sens (dimension spirituelle).

À l’inverse, une entreprise à l’âme très audacieuse avec un projet social ou humanitaire révolutionnaire (dimension spirituelle) qui engage profondément ses collaborateurs avec un grand esprit de corps (dimension émotionnelle), ne pourra aller très loin sans une solidité financière et une structure efficiente (dimension physique), ni sans capacité de détecter les risques et les opportunités (dimension mentale).

De plus, les dimensions se nourrissent mutuellement. Le fait, par exemple, d’innover et de redonner un nouveau sens à une entreprise peut entraîner une remotivation des collaborateurs et la création de nouveaux produits et services générateurs de chiffre d’affaires.

Plus une organisation prend soin de nourrir et d’équilibrer toutes ses dimensions, plus elle emmagasine de l’énergie qui la rendra forte, confiante et assez solide pour accueillir et affronter avec réalisme les nombreux aléas sur son chemin.

Témoignage

Lors du premier confinement, à la mi-mars 2020, Convidencia a perdu 90% de son chiffre d’affaires et certains collaborateurs ont assez mal vécu émotionnellement le confinement.

Ma première réaction, en tant que dirigeant, a été de limiter les dégâts dans la dimension physique. Grâce au chômage temporaire et à un propriétaire des bureaux compréhensif, nous avons pu réduire drastiquement les dépenses.

Nous avons rapidement organisé notre travail en utilisant notre expertise (dimension mentale), après tout, notre métier est d’accompagner les entreprises dans la complexité et l’incertitude. Nous avons également organisé des rencontres régulières à distance pour garder une connexion forte entre tous les membres de l’équipe, même avec ceux qui étaient en chômage temporaire. La dimension émotionnelle a continué d’être nourrie.

Nous en avons également profité pour innover dans le domaine du digital en créant très rapidement des webinaires gratuits pour soutenir les dirigeants et les managers pendant les deux premiers mois (dimension mentale et émotionnelle).

Nous avons également créé des nouveaux contenus au format e-learning pour faire évoluer notre gamme de service (dimension mentale et physique).

Mais pendant ce temps, un malaise profond m’envahissait. J’étais fortement plongé dans le doute sur la pertinence de notre existence (dimension spirituelle). Oui, notre expertise était particulièrement utile pour les organisations dans cette période difficile, mais en même temps, peu d’entreprises étaient prêtes à dépenser de l’argent dans du conseil, de la consultance ou de la formation. L’ensemble des projets de changement était totalement à l’arrêt.

Durant l’été, j’ai pu regagner une foi solide dans la raison d’être de Convidencia. Avec mes deux associés, nous avons retravaillé la vision et la mission pour y intégrer une nouvelle flamme tenant compte de l’évolution de la situation. Nous avons nourri en profondeur la dimension spirituelle de Convidencia.

Nous avons également pris le risque de recruter une nouvelle responsable des ventes sans avoir aucune garantie de pouvoir la financer plus de deux ou trois mois. Il est important de se donner les moyens et de prendre des risques dans la dimension physique, si l’on veut que les rêves se réalisent.

Nous avons partagé notre nouvelle flamme et nos ambitions pour rassembler l’équipe derrière cette mise à jour du projet collectif tout en accordant beaucoup d’attention et de bienveillance aux situations délicates de chacun. Plus que jamais nous continuons de nourrir la dimension émotionnelle très forte chez nous.

Nous avons également continué à nourrir la dimension mentale en relançant la machine à innovation. Que ce soit en continuant de suivre des formations, en s’inspirant et en créant des contenus pertinents pour aider les organisations dans cette crise sanitaire, sociale et économique.

Malgré l’incertitude et la complexité de cette deuxième vague initiée au mois d'octobre, nous sommes aujourd’hui encore mieux armés pour y faire face. Les quatre dimensions ont été nourries et continuent de l’être. À notre tour, nous essayons de soutenir tous nos clients dans une démarche similaire. Et jusqu’ici, nous constatons que beaucoup de justesse émane de notre démarche.

À propos de l’article:

• Cet article est basé sur la transposition du modèle Quintessence de Diane Leblanc au monde des organisations.

• Référence: Tout va mal? Tant mieux!, de Diane Leblanc, Éditions Dauphin Blanc