Peggy De Prins Peggy De Prins (Antwerp Management School)
Texte
Melanie De Vrieze

Le bénévolat améliore l'employabilité des salariés

1 mai 2021
Quand le bénévole revient dans son entreprise, il regarde différemment ses collègues. Il prend ses responsabilités, il s’intéresse davantage aux opportunités.
Les compétences en coaching ne s’acquièrent pas seulement dans les murs de l'entreprise ou dans une salle de classe. Elles peuvent aussi se développer par le biais du bénévolat. «Cette forme d'apprentissage est trois fois gagnante», explique Peggy De Prins (Antwerp Management School).

Les compétences en coaching ne s’acquièrent pas seulement dans les murs de l'entreprise ou dans une salle de classe. Elles peuvent aussi se développer par le biais du bénévolat. «Cette forme d'apprentissage est trois fois gagnante», explique Peggy De Prins (Antwerp Management School).

YAR est une association flamande qui offre aux jeunes en difficulté de 15 à 21 ans la chance de remettre leur vie sur les bons rails. Grâce à des programmes de coaching, ils comprennent qu'ils sont responsables de leurs décisions. Faire des choix en toute conscience est la première étape pour prendre son existence en main. «Ce programme repose sur un vaste réseau de volontaires», explique Koen Frøberg, administrateur général de l'ASBL. Il étend depuis quelques années son réseau de coachs en les recrutant dans le monde des entreprises.

Innovation et durabilité

Peggy De Prins, professeure de l'Antwerp Management School, est toujours en quête de pionniers dans le domaine de la GRH durable. «Les entreprises recherchent des alternatives pour perfectionner la formation permanente. Apprendre ne doit pas nécessairement être associé à une salle de classe ou à un bureau, on peut utiliser le volontariat pour y parvenir.» Peggy De Prins a étudié l’intérêt potentiel d'une mission au sein de l'ASBL YAR pour l'employeur et pour l'employé. Elle s'est aussi penchée sur la façon de mettre ces enseignements en application au travail.

Sa conclusion? Le développement de compétences de coaching via le bénévolat est triplement gagnant: pour l'entreprise, le salarié et la société. Peggy De Prins voit deux raisons pour une organisation de participer à un projet de YAR. La première est l'innovation. «Les sociétés qui ont une GRH innovante expérimentent des stratégies de formation originales et veulent personnaliser le développement des compétences douces de leurs collaborateurs. En leur proposant une mission pour l'ASBL YAR, elles offrent à leurs salariés des possibilités d'évolution plus riches. En échange de son investissement, l'individu acquiert de nombreuses compétences, ce qui augmente son employabilité.»

Deuxième motivation: la durabilité. «Les entreprises veulent sortir de leur cocon et retrouver un lien fort avec la société. Elles veulent intégrer le monde extérieur dans leur dynamique interne.»

Koen Frøberg remarque que l'expérience de ses bénévoles favorise la création d'une vraie communauté dans les entreprises. «Les salariés apprennent à mieux se connaître, non pas dans l'exercice de leur travail mais dans le cadre du volontariat. Ils sont fiers de leur entreprise parce qu'elle ne se borne pas à gagner de l'argent mais assume aussi ses responsabilités par rapport à la société.»

Progression personnelle

Cette formule apporte de nombreux avantages aux salariés-bénévoles. «Ils reçoivent la même formation que nous donnons à nos jeunes. Ils effectuent un parcours de croissance personnel», explique Koen Frøberg. Une formation classique au coaching se déroule souvent dans une sorte de laboratoire étanche. «Les employés jouent alors un rôle fictif pour exercer leurs compétences en coaching. L'action dans une association comme YAR est une expérience en vraie grandeur. Les participants mûrissent en appliquant la méthode de l'échec et de la réussite. Pour parler de l'efficacité de la formation, un bénévole m'a dit un jour qu'il ne s'agit pas de courir autour de la piscine: on plonge dans le bain d'entrée de jeu.»

Le développement des compétences ne s'arrête pas au coaching. De nombreux bénévoles témoignent qu'ils sont devenus meilleurs en communication et dans la connaissance de soi. «Ils décrivent beaucoup mieux leurs forces et leurs points d'amélioration», assure Peggy De Prins. «On constate également des progrès incroyables dans leur manière de se comporter avec les autres. Ces salariés investissent dans leur carrière. Le bénévolat les renforce dans leur position actuelle mais les prépare aussi à leur avenir professionnel. Ils accroissent leur capital social. Ils quittent leur zone de confort et entrent en contact avec des jeunes en difficulté et avec d'autres collègues bénévoles. C'est enrichissant. Enfin, cette expérience augmente leur sentiment de donner un sens à leur travail.»

Sur le lieu de travail

L'enquête de Peggy De Prins indique que les salariés n'ont aucune difficulté à appliquer dans leur travail ces compétences nouvellement acquises. «Le bénévole est le coach des jeunes mais les jeunes exercent cette même fonction à son égard parce qu'ils le poussent à adopter d'autres points de vue et à réfléchir autrement. Quand le salarié revient dans son entreprise, il regarde différemment ses collègues. Il a moins tendance à rejeter la responsabilité de ce qui lui arrive sur les autres, il s'intéresse davantage aux opportunités.»

Parce qu'ils écoutent plus activement, ceux qui sont passés par le bénévolat nouent des relations plus fines avec leurs collègues et leurs clients. «Cette évolution se produit de façon organique et implicite. Encore faut-il trouver le moyen d'en rendre les bénévoles conscients», estime Peggy De Prins. «Je rêve qu'après une expérience de volontariat, le département RH examine avec les salariés concernés comment mettre en œuvre leurs nouvelles compétences. Je vois ici beaucoup de potentiel pour les organisations.»

En tout cas, Koen Frøberg est satisfait de l'expérience, malgré quelques obstacles. «Nous devons souvent convaincre les entreprises de la valeur ajoutée du bénévolat. Les responsables de la GRH, de la RSE, du marketing et de la communication devraient travailler ensemble. Je conseille aussi aux entreprises de commencer modestement, d'y aller graduellement. Proposez d'abord à quelques salariés de se lancer dans l'aventure. Avec un peu de chance, ils deviendront des ambassadeurs de la formule dans l'entreprise.»

Les entreprises affirment souvent qu'elles défendent activement le principe de la formation tout au long de la vie, mais elles n'obtiennent pas de très bons résultats sur ce plan. «Les formations sont importantes mais à cause de la charge de travail et de la pression opérationnelle, elles sont souvent reléguées à l'arrière-plan. Elles sont pourtant indispensables parce qu'un quart des salariés courent le risque de perdre leur employabilité en s'arc-boutant sur leurs compétences actuelles», assure Peggy De Prins. «Le volontariat n'est peut-être pas le rêve d'un CEO mais il doit être soutenu largement et correspondre à la culture de l'entreprise. Cela ne peut pas être un coup de marketing.» ¶

Exemple n° 1: KBC

«Vous êtes immédiatement plongé dans le bain»

Plus d'une centaine de salariés de KBC ont effectué une mission de bénévole auprès de l'association YAR. «Nous voulons prendre nos responsabilités sociétales», assure Kris De Nul. «Le bénévolat va bien plus loin que les séminaires classiques sur le coaching.»

La responsabilité sociétale d'entreprise est un pilier de KBC. «On parle beaucoup d'entrepreneuriat durable. Avec ce projet de volontariat, nous montrons à nos collaborateurs que nous prenons cette idée au sérieux», explique Kris De Nul, DRH et responsable de la formation et du développement.

L'accompagnement et le coaching des salariés ont pris de l'importance dans la stratégie RH de la banque. KBC a abandonné il y a trois ans le système d'évaluation annuel pour s'orienter vers un processus continu qui suit les prestations et la progression des salariés. «L'approche centrée sur l'humain et les compétences en coaching apprises chez YAR font partie du style de leadership que nous voulons stimuler chez KBC. Raison pour laquelle nous nous éloignons des solutions de formation traditionnelles pour ancrer cette attitude de façon durable.»

«Out of the box»

L'ASBL YAR a été intégrée structurellement dans l'offre de formation et de développement de KBC. Des salariés ont dit à Kris De Nul qu'ils ont appris à penser out-of-the-box. «Ils sortent de leur zone de confort, ils apprennent à écouter en toute sincérité et à se mettre à la place de l'autre. Ce sont des compétences qu'ils peuvent mettre immédiatement en application.»

Coach en leadership, Dirk Maegerman a été deux fois volontaires chez YAR. Son émotion sociale et son sentiment de justice sont les principales motivations de sa participation. «J'ai eu beaucoup de chance dans ma vie et c'est pourquoi je veux aider et soutenir des jeunes en difficulté.»

Grâce au bénévolat, il a appris à approfondir et à élargir ses idées et ses compétences. «Vous pensez parfois que vous savez tout mais j'ai découvert de nouveaux concepts de coaching. Ce n'est en rien théorique. Comme bénévole, vous êtes plongé dans le bain. Dans cette expérience, nos perspectives s’étendent. Nous sommes encouragés à sortir des sentiers battus pour porter un regard critique sur notre environnement.»

Pendant ses missions de volontaire, Dirk Maegerman a appris à écouter de façon plus active et à poser des questions. «Quand vous l'interrogez, votre interlocuteur a le sentiment qu'il est réellement entendu.» Il parvient désormais à se mettre à la place des jeunes. «Je ne regarde plus seulement leurs limites mais je les considère comme des êtres pleins de potentialités, même s'ils ne s'en rendent pas toujours compte.»

Exemple n° 2: Carglass

«Ces compétences sont utilisables immédiatement au travail»

En soutenant les jeunes en difficulté, Carglass veut se mettre au service de la société. Mais l'entreprise examine aussi si elle peut proposer un job à ces jeunes. «Nous bouclons la boucle», explique Tim Berx.

«YAR est un projet qui incarne ce que nous voulons défendre», assure Bart Lambrechts, People Director de Carglass. «Nous ne nous contentons pas de changer des parebrises. La mission de notre entreprise est de soulager nos clients mais nous voulons aussi représenter quelque chose pour la société. Une volonté qui ne se limite pas à distribuer une partie de nos bénéfices à une cause charitable. Nos employés concrétisent cet engagement par leur travail bénévole. Cela change leur regard sur la société. En travaillant avec ces jeunes, ils parviennent à relativiser les choses et les remettre dans leur contexte.»

Dans l'ADN

Carglass a intégré le volontariat dans son ADN. «L'entreprise n’est pas seule à investir, nos collaborateurs le font aussi. Ils prennent un engagement sérieux», assure Tim Berx, Supply Chain Director Europe North Belron/Carglass. «Cela va plus loin qu'écouter une formation classique. Avec YAR, vous vous occupez concrètement de jeunes. Les enseignements sont donc solidement ancrés.»

D'un autre côté, Tim Berx voit ces jeunes comme des salariés potentiels. «Nous souhaitons leur donner un premier emploi dans nos entrepôts pour qu'ils puissent devenir financièrement indépendants. De cette manière, la boucle est bouclée. Malheureusement, le confinement a donné un coup d'arrêt à ce programme.»

YAR apprend aux jeunes qu'ils sont responsables des conséquences de leurs actes. Ils apprennent à relativiser les choses, à faire des propositions d'amélioration au lieu de se plaindre. Les coachs suivent le même programme. «Cela vous oblige à vous regarder en face et change votre vision du monde», explique Johan Clerx, Key Account Manager EDC de Carglass à Bilzen.

Meilleur coach

Johan Clerx a pu mettre immédiatement en œuvre ces compétences dans son travail. Le programme YAR lui a appris à être un meilleur coach. «Dans le passé, je ne parvenais pas toujours à déléguer. Mais dans ce cas, vous devenez vite un goulet d'étranglement et vous gênez le travail de vos collègues. J'essaie aujourd'hui d'accompagner mes collègues et de leur donner un feed-back. Les voir progresser dans leur rôle me plaît beaucoup. L'accent est placé sur leur développement à long terme plutôt que la résolution immédiate de problèmes.»

Par ailleurs, Johan Clerx a aussi appris à mieux travailler en équipe. «Au cours d'une semaine passée avec les jeunes, vous faites partie d'une vraie équipe avec des gens que vous n'avez jamais vus auparavant, tout en sortant de votre zone de confiance. Quand vous voyez ce que réalisez en une semaine, vous vous rendez compte que vous faites trop souvent cavalier seul. Du coup, la relation avec vos collègues de travail s'améliore nettement.»

Koen Frøberg Koen Frøberg, directeur YAR Vlaanderen, photo: Noortje Palmers