La nature n’a pas besoin de nous. Nous avons besoin d’elle.
Texte
Liliane Fanello

La nature n’a pas besoin de nous. Nous avons besoin d’elle.

1 novembre 2020
La nature est championne toutes catégories en développement durable. Elle a réglé tous ses problèmes au cours de milliards d’années d’essais et erreurs.
«La folie, c’est de se comporter de la même manière et attendre un résultat différent.» Cette phrase d’Albert Einstein, Stephan Hoornaert, rare biomiméticien belge et expert en économie circulaire et régénérative, la cite presque comme un mantra. Car c’est notre niveau de conscience qui doit aujourd’hui changer si nous voulons une société, un monde du travail et des entreprises résilients. Pour lui, on peut trouver toutes les solutions dans la nature, pour peu qu’on fasse preuve d’humilité.

 «La folie, c’est de se comporter de la même manière et attendre un résultat différent.» Cette phrase d’Albert Einstein, Stephan Hoornaert, rare biomiméticien belge et expert en économie circulaire et régénérative, la cite presque comme un mantra. Car c’est notre niveau de conscience qui doit aujourd’hui changer si nous voulons une société, un monde du travail et des entreprises résilients. Pour lui, on peut trouver toutes les solutions dans la nature, pour peu qu’on fasse preuve d’humilité.

Avant de s’intéresser sérieusement au biomimétisme et à son apport dans les entreprises et les organisations, Stephan Hoornaert a fait des études en biologie moléculaire, puis a travaillé dans des domaines aussi éloignés de l’économie que la virologie, la biologie appliquée au domaine spatial, les neurosciences, l’immunologie ou encore l’océanographie…

Fasciné par le génie de la nature, le fondateur de l’activité de conseil Morpho-Biomimicry voudrait aujourd’hui inciter le monde économique belge à s’inspirer du fonctionnement du vivant et de son extraordinaire résilience. Avec la profonde conviction que nous n’aurons bientôt plus le choix.

Pourquoi un biomiméticien s’intéresse-t-il à l’économie et à l’entreprise?

Stephan Hoornaert: «Parce que c’est ce qui s’impose à l’heure actuelle. Souvent, le problème est que le biomimétisme paraît fort abstrait ou trop pionnier. Pourtant, s’inspirer de la nature est très porteur, et appliquer ses principes de fonctionnement change tout! La crise que nous traversons a au moins le mérite de démontrer notre périlleuse dépendance et la nécessité de réformer rapidement le système économique actuel, profondément malade. Il faut aller vers une économie beaucoup plus régénérative.»

Que peut nous apprendre la nature?

Stephan Hoornaert: «La nature n’a pas besoin des humains. Par contre, nous avons besoin de la nature. Elle peut même nous sauver. En effet, elle est championne toutes catégories en développement durable. Elle a réglé tous ses problèmes au cours de ces milliards d’années d’essais et erreurs. Elle est comme une grande bibliothèque remplie de livres contenant des solutions. En observant et en appliquant ses principes, il est tout à fait possible d’améliorer le fonctionnement de nos entreprises et de régénérer notre planète.»

Vous dites même que techniquement, il n’y a pas besoin d’invention miraculeuse…

Stephan Hoornaert: «Oui, tout est là, sous nos yeux. Il suffit d’apprendre où chercher ces solutions. Ceci implique de parvenir à changer notre regard et d’acquérir une position plus humble. Si on impliquait des biomiméticiens dans les équipes de conception de nouveaux produits ou les équipes qui en revoient le fonctionnement, on pourrait vraiment optimiser toutes les entreprises, et même créer des écosystèmes régénératifs et résilients.»

À quel type d’entreprise s’adresse le cahier des charges de la nature?

Stephan Hoornaert: «Toute entreprise est concernée. Surtout les mondes de la finance et des banques, qui pour moi sont complètement déconnectés de la réalité. Le système économique actuel est basé sur trois dogmes: compétition, croissance et opacité. Le seul système biologique répondant à ces trois critères est le cancer. Ce système doit évoluer. À un niveau plus local, les entreprises peuvent être envisagées sous la forme d’organismes économiques vivants, ce qui permet une vision totalement différente.»

Quel est le regard du biologiste sur le monde du travail d’aujourd’hui?

Stephan Hoornaert: «La plupart des entreprises fonctionnent selon un système pyramidal, alors que dans la nature, il n’y a pas vraiment de chefs. Il y a des leaders, mais c’est davantage basé sur la coopération et la communication, une relation d’échanges mutuels. Même chez les fourmis, une reine ne va pas loin sans ses ouvrières et ses guerrières, et elle le sait.»

Vous observez aussi de l’opacité…

Stephan Hoornaert: «En effet. La conséquence est que ceux qui se trouvent en bas de la chaîne se sentent souvent déresponsabilisés. Depuis notre enfance, on nous enseigne la compétition, on nous apprend à réfléchir en silos, et certainement pas de manière collaborative, interdisciplinaire et écosystémique. Et on reproduit ce modèle dans le monde du travail. Or dans la nature, c’est un apprentissage par l‘exemple et la pratique. La grande majorité des interactions y sont basées sur la collaboration, voire la symbiose. Tout le monde gagne.»

La compétition existe pourtant dans la nature, non?

Stephan Hoornaert: «Oui mais de manière anecdotique. En fait, d’un point de vue évolutif, lorsque deux organismes nouveaux se rencontrent, la première réaction va être la compétition. Mais très rapidement, ils vont passer à un autre type de relation: la prédation, ou trouver une niche écologique différente. Il existe ensuite d’autres types de relations, mais la plus évoluée et répandue est la coopération, la relation win-win. Par exemple, quand les ressources sont plus difficiles à trouver, on voit souvent que les organismes vivants coopèrent. Quelque part, l’être humain fonctionne aussi ainsi. On l’observe dans cette crise du covid, où la coopération se développe.»

Que diriez-vous au monde RH?

Stephan Hoornaert: «Il faut aller vers un fonctionnement basé sur la coopération et l’entraide, et surtout mieux utiliser l’intelligence collective, même du plus petit échelon ou de ceux qui n’ont pas de diplôme. La nature montre qu’il y a bien d’autres formes d’intelligence. Regardez les arbres, ou même un organisme unicellulaire ahurissant comme le blob! Notre système favorise principalement l’intelligence logico-mathématique. Or l’intelligence émotionnelle, la sensibilité artistique… sont tout aussi importantes. J’inciterais aussi les DRH à s’intéresser à l’holacratie et à la sociocratie, basées sur des principes plus organiques. Un exemple de cette efficacité est donné par les fourmis, qui en collaborant peuvent créer des super-organismes. Un système pyramidal ne présente aucune résilience, tandis qu’un système horizontal est beaucoup plus résilient et adaptable.»

Parmi les grands principes de la nature, lesquels retenez-vous pour le monde RH?

Stephan Hoornaert: «Je dirais d’abord ceci: soyez localement à l’écoute et réactif. L‘idée est d’être beaucoup plus à l’écoute des émotions et du fonctionnement de l’autre pour pouvoir réagir de manière adéquate. C’est une notion importante de l’écologie intérieure, ou écopsychologie. Par exemple, pensez à commencer vos réunions par une météo intérieure. Cela permet aux autres de savoir dans quel état d’esprit se trouvent les personnes présentes. En fait, les animaux sont beaucoup plus empathiques que les êtres humains. Quand un animal est blessé dans une meute, les autres membres le savent et en tiennent compte dans leurs interactions. Faire attention à l’écologie intérieure est un bon moyen pour diminuer l’absentéisme et le burn-out.»

Et ensuite?

Stephan Hoornaert: «Je pointerais le fait de favoriser les bénéfices mutuels. Si le petit balayeur sait qu’il y gagne à participer au bon fonctionnement du système, alors il va faire son travail avec cœur. Par contre, s’il sent que son travail n’est pas considéré, il pourra même envisager de mettre des grains de sable. Et puis, je dirais qu'il faudrait optimiser plutôt que maximaliser. Au lieu d’être uniquement focalisés sur le rendement des collaborateurs, on va optimaliser le fonctionnement entre eux, chacun à sa juste place.»

Une conclusion à l’attention des DRH?

Stephan Hoornaert: «J’ai envie de leur dire: profitez de cette période d’introspection forcée pour trouver votre inspiration dans d’autres modèles qui semblent bien fonctionner. Bien sûr, vous ne pourrez pas faire cela seul. Mais il faut parvenir à conscientiser le sommet de la pyramide de l’importance du PFH. Certains considèrent le PHF comme le putain de facteur humain, c’est-à-dire un des problèmes principaux dans un projet. Or, on peut transformer le PFH en précieux facteur humain. Le facteur humain devient alors une richesse. C’est complexe à mettre en œuvre, mais c’est infiniment plus profitable.»

Le cahier des charges de la nature

Afin de réformer en profondeur le mode de fonctionnement de notre société et de nos entreprises, la nature offre un cahier des charges fondé sur six grands principes (et d’autres sous-principes):

  • S’adapter aux conditions changeantes
  • Être localement à l’écoute et réactif
  • Évoluer pour survivre
  • Intégrer le développement avec la croissance
  • Utiliser une chimie connexe avec la vie
  • Être efficient avec les ressources (matière et énergie)

ID

Stephan Hoornaert

Fonction: Biomiméticien belge